Pour retrouver les traces tangibles de Constantinople, il suffit de marcher dix minutes vers le nord depuis les rues fréquentées de Balat. Le quartier d’Ayvansaray marque l’endroit où les circuits touristiques habituels s’interrompent. Ici, les façades gardent leur patine d’origine et les chats circulent librement sur des blocs de marbre taillés sous l’Empire romain d’Orient.
Mardi dernier, vers 10h30, j’étais le seul visiteur à franchir le portail de l’église Sainte-Marie-des-Blachernes. Dans le silence de la crypte, entre l’odeur de cire et le filet d’eau de la source sacrée (l’Hagiasma), l’atmosphère tranche nettement avec le reste de la ville. Pour venir d’Eminönü, le trajet en bus 99A m’a coûté 46,20 TL (soit environ 0,92 EUR).
C’est à Ayvansaray, là où les imposants remparts de Théodose rejoignent les eaux de la Corne d’Or, que s’observent les ouvrages défensifs qui ont protégé Constantinople pendant plus de mille ans. Les rues montent raide, les cafés de quartier servent le thé dans des verres traditionnels, et le secteur conserve une authenticité préservée.
Arriver par l’eau en ferry
Le bus 99 ou 99A reste souvent bloqué dans la circulation dense le long de la Corne d’Or. Pour rejoindre Ayvansaray facilement, la meilleure option reste le vapur. La ligne Haliç Hattı permet d’éviter les embouteillages d’Eminönü en naviguant sur l’eau.
Prendre le ferry à Karaköy ou Eminönü offre une traversée agréable pour environ 76,90 TL (soit 1,54 EUR avec un taux de change de 1 EUR pour 50 TL). Mardi dernier, alors que le pont d’Unkapanı était complètement saturé, j’ai mis exactement 22 minutes pour rejoindre le ponton d’Ayvansaray depuis Karaköy, un thé chaud à la main.

Dès la sortie du quai d’Ayvansaray, l’ambiance change. On passe rapidement de l’agitation fluviale à un quartier résidentiel très calme. C’est ici que les murailles de Théodose touchent le rivage. Voici les étapes pratiques pour organiser le trajet :
Comment rejoindre Ayvansaray en ferry
- Rejoignez l’embarcadère de Karaköy (situé à côté du pont) ou celui d’Eminönü (direction Corne d’Or).
- Vérifiez les horaires de la ligne Haliç Hattı sur les panneaux ; les départs ont lieu toutes les demi-heures ou toutes les heures selon le moment de la journée.
- Validez votre Istanbulkart sur le portique (prévoyez au moins 30 TL de solde).
- Installez-vous à l’extérieur sur le côté gauche du bateau pour observer les églises de Balat et les anciens remparts au fil de l’eau.
- Débarquez à l’arrêt Ayvansaray, situé juste après Balat, puis marchez vers les remparts pour débuter la visite.
Si vous appréciez les traversées calmes vers des quartiers préservés, consultez aussi mon guide sur Kuzguncuk et ses ruelles authentiques sur le Bosphore. Le quai d’Ayvansaray reste modeste, fréquenté principalement par quelques pêcheurs locaux.
L’Église Sainte-Marie-des-Blachernes
Le bâtiment actuel présente une façade en briques reconstruite au XIXe siècle, mais le site remonte aux premiers siècles byzantins. De nombreux visiteurs passent devant sans s’arrêter faute de grande coupole visible, alors qu’il s’agit d’un lieu central dans l’histoire religieuse de la ville. C’est ici qu’était vénérée la protection de la Vierge Marie lors des sièges maritimes et terrestres de Constantinople.
L’Ayazma et sa source sacrée
L’intérêt principal de l’église réside dans son Ayazma, une source souterraine vénérée depuis plus de 1 500 ans. Lors de ma dernière visite un mardi après-midi, la nef était déserte. Le contraste est frappant entre le bruit de la ville à l’extérieur et le silence complet autour du bassin intérieur. Le gardien m’a laissé approcher de la fontaine pour goûter cette eau fraîche.

Même si l’édifice visible aujourd’hui date de 1867, le calme de la cour arborée et le poids historique du lieu méritent l’arrêt. Pour éviter de trouver porte close, arrivez entre 10h00 et 16h00. L’entrée est gratuite, mais déposer un billet de 100 TL (environ 2 EUR) dans le tronc participe à l’entretien de cet édifice orthodoxe.
Le conseil de Sarp : Le vendredi matin, l’église accueille des fidèles orthodoxes grecs venus de plusieurs quartiers d’Istanbul. C’est le moment le plus vivant pour observer la vie liturgique du lieu.
Prendre de la hauteur sur les Remparts de Théodose
La visite d’Ayvansaray gagne à être complétée par l’exploration des remparts de Théodose. Le point d’intérêt majeur est le Tekfur Sarayı (le palais du Porphyrogénète). L’entrée m’a coûté 570 TL (soit 11,40 EUR), payable par carte bancaire au guichet automatique sans file d’attente à 14h15. La restauration menée sur place met en valeur l’alternance caractéristique de briques et de pierres blanches de cette résidence impériale tardive.
La montée des marches en pierre est assez raide, mais le belvédère sommital offre une vue dégagée sur les toits d’Ayvansaray et les eaux de la Corne d’Or. De là-haut, la structure défensive de la cité antique devient immédiatement lisible.

En contrebas des murs classés au patrimoine mondial de l’UNESCO s’étendent les bostans, ces potagers urbains cultivés depuis des siècles. Voir des parcelles de légumes toujours exploitées au pied de murailles du Ve siècle constitue une particularité frappante du secteur. Pour planifier vos dépenses culturelles sur l’ensemble de votre séjour, pensez à vérifier l’intérêt du Museum Pass Istanbul pour les sites historiques en 2026.
Voici les éléments à observer le long de ce tronçon :
- La terrasse supérieure du Tekfur Sarayı pour sa vue panoramique sur les districts de Fatih et d’Eyüp.
- Les motifs géométriques en briques byzantines sur la façade du palais, caractéristiques du XIIIe siècle.
- Les potagers historiques (bostans) situés entre l’enceinte intérieure et le mur extérieur.
- La porte d’Eğrikapı, point d’entrée historique dans la muraille situé à courte distance du palais.
- La collection de faïences et céramiques ottomanes et byzantines exposée dans les salles intérieures.
Le conseil de Sarp : Le musée du Tekfur Sarayı est fermé le lundi. Prévoyez votre passage un autre jour de la semaine pour ne pas monter la côte inutilement.
La Mosquée Atik Mustafa Paşa
Cette mosquée illustre la superposition des époques à Istanbul. Si le lieu sert aujourd’hui au culte musulman, le bâtiment d’origine est une église byzantine édifiée au IXe siècle. Si cette réutilisation d’anciens édifices vous intéresse, vous pouvez également découvrir le quartier de Bomonti entre patrimoine industriel et nouveaux ateliers.
Une structure en croix grecque
Sous l’enduit extérieur blanc et à côté du minaret ottoman, la structure conserve son plan en croix grecque inscrite. Les proportions byzantines restent bien visibles à l’intérieur, notamment à travers la coupole centrale reposant sur quatre piliers massifs.
Une tombe historique
Dans le petit enclos funéraire attenant repose Jaber bin Abdullah, compagnon du prophète Mahomet mort selon la tradition lors des premiers sièges arabes de Constantinople au VIIe siècle. Cette sépulture ancienne accolée à une église médiévale convertie témoigne des strates historiques successives du quartier.
Lors de ma dernière visite un mardi vers 14h, l’endroit était silencieux. Déchaussez-vous à l’entrée et déposez vos chaussures dans les casiers avant de pénétrer à l’intérieur. Si la porte est fermée entre deux prières, adressez-vous avec politesse au commerçant situé en face, qui possède souvent la clé et ouvre volontiers aux visiteurs respectueux.
Où s’arrêter pour une pause
On ne trouve pas de grands cafés branchés dans ce secteur. À Ayvansaray, les pauses se font dans les kıraathane traditionnels du quartier. Lors de ma dernière marche après avoir grimpé les remparts, je me suis assis sur un tabouret en bois le long de la rue. Pour 15 TL (environ 0,30 EUR), le thé est servi bien chaud au verre tulipe par des gérants accueillants. C’est une excellente occasion d’observer la vie quotidienne locale.

Poursuivre vers Eyüp et la colline de Pierre Loti
Après cette halte, continuez votre marche le long du rivage vers Eyüp. Le parcours relie en une vingtaine de minutes les vestiges byzantins au complexe religieux de la mosquée d’Eyüp Sultan, lieu de pèlerinage important.
Pour monter au café Pierre Loti, la file d’attente du téléphérique dépasse régulièrement 30 minutes les week-ends de beau temps. Mieux vaut monter à pied à travers le cimetière d’Eyüp vers la colline de Pierre Loti. Le sentier pavé est plus direct, ombragé, et offre de beaux points de vue sur la Corne d’Or à mesure que l’on prend de l’altitude.
Le conseil de Sarp : Achetez vos simits chauds directement auprès des boulangeries de quartier le long de la rue principale : ils coûtent 15 TL et sortent tout juste du four.
Terminer la balade le long des ruelles
Ayvansaray demande un peu de curiosité et de marche. Près des anciennes prisons d’Anemas, les ruelles montent entre de hauts murs de soutènement et de vieilles maisons en bois. Si votre itinéraire prévu change au gré d’une rue en pente, prenez le temps d’observer les détails : fragments de colonnes antiques réemployés dans des soubassements, potagers enclavés et cours intérieures calmes.
Pour apprécier le quartier, rangez les applications de guidage quelques instants et suivez simplement les venelles pavées qui descendent vers la Corne d’Or. Les nombreux chats du quartier y ont leurs habitudes sur les pierres chauffées par le soleil, guidant naturellement la promenade vers les points de vue les plus calmes de la rive.



