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Traversée vers Heybeliada pour une balade entre pinèdes et demeures historiques

Évadez-vous à Heybeliada : un havre de paix entre pinèdes et villas historiques. Vivez une escapade magique et réservez votre traversée dès maintenant !

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Le vrombissement des moteurs du vapur finit par s’estomper, remplacé par le sifflement du vent dans les pins et le cri des mouettes qui escortent le navire. C’est ici, sur le pont supérieur du ferry de 10h40 au départ d’Eminönü, que la frénésie de la Corne d’Or s’efface enfin. Pour moi qui ai passé les quinze dernières années à parcourir chaque recoin d’Istanbul, Heybeliada reste ce refuge singulier : plus intellectuelle que sa voisine Büyükada, plus secrète aussi. C’est le poumon vert et l’âme aristocratique de l’archipel des Princes.

Mardi dernier, pour échapper à la moiteur de la ville, j’ai pris le départ depuis le quai de Beşiktaş. Le trajet m’a coûté 60 TL (soit environ 1,20 EUR), une bagatelle pour une heure de croisière sur la Marmara. En posant le pied sur le quai en bois, face à l’imposante École Navale, j’ai immédiatement retrouvé cette odeur de résine chauffée au soleil et de sel marin qui définit l’île. Ici, le patrimoine ottoman ne se visite pas dans des musées froids ; il se vit au détour des ruelles en pente, à travers les dentelles de bois des vieux yalı qui semblent tenir debout par la seule force de leur histoire.

Certes, le remplacement des calèches par les “Adabüs”, ces petits bus électriques, a un peu entamé le charme suranné des quais, et leur passage peut parfois rompre la quiétude du port. Mais voici mon secret d’expert : ne restez pas là où la foule s’agglutine pour une glace. Enclenchez la marche vers le Monastère de la Sainte-Trinité ou perdez-vous sur le chemin des amoureux (Aşıklar Yolu). Dès que vous quittez la zone commerciale, le silence reprend ses droits et vous appartenez enfin à l’île, entre ombre des pinèdes et demeures historiques.

Rejoindre Heybeliada : Logistique et traversée en 2026

Partir pour les îles après 10h00, c’est l’assurance de transformer votre escapade en un bain de foule épuisant, alors visez impérativement le départ de 9h30 pour respirer. Mes quinze ans à arpenter les embarcadères m’ont appris que la ponctualité stambouliote est relative, mais que la saturation des ponts du Vapur, elle, est une science exacte.

Le mardi matin à 10h20, j’ai vu la file pour le guichet d’Eminönü s’étirer sur plus de 40 mètres sous un soleil déjà cuisant. Ma tactique pour ne pas rater le départ : passer directement par le tourniquet de gauche avec une Istanbulkart chargée de 300 TL la veille, évitant ainsi la cohue des touristes perdus devant les bornes de recharge. Pour cette traversée, le trajet sur les lignes publiques de la Şehir Hatları coûte désormais 130 TL (soit environ 2,60 EUR). Si vous avez besoin de calme après cette traversée, sachez que l’ambiance ici est radicalement différente de celle que vous trouverez en suivant ces conseils pratiques pour découvrir les hamams historiques d.

Une fois à bord, ne vous précipitez pas vers l’intérieur climatisé. Mon astuce de local : installez-vous à l’extérieur, sur le banc à l’arrière tribord (à droite). C’est le poste d’observation idéal pour voir la silhouette de la Corne d’Or s’éloigner et capturer cette lumière unique sur la tour de Léandre sans avoir le téléphone d’un voisin dans votre cadre.

Comment réussir sa traversée vers Heybeliada

Pour une logistique sans accroc, suivez ces étapes rodées par des années d’expérience :

  1. Créditez votre Istanbulkart d’au moins 300 TL la veille pour couvrir l’aller-retour sans stress.
  2. Identifiez l’embarcadère spécifique des “Adalar” à Eminönü (souvent situé à l’est du pont de Galata) au moins 20 minutes avant le départ.
  3. Validez votre passage au portillon dès que l’accès au quai est autorisé pour garantir votre choix de place.
  4. Installez-vous à l’arrière du bateau, côté droit, pour profiter de la brise et de la vue panoramique sur le centre historique.
  5. Commandez un thé brûlant (Çay) auprès du vendeur ambulant dès le départ pour vivre l’expérience authentique du trajet.

Demeure historique traditionnelle en bois typique des rues escarpées de Heybeliada.

L’itinéraire des demeures historiques : Un musée à ciel ouvert

Ne vous laissez pas distraire par l’agitation du port ; la véritable âme de Heybeliada se dévoile uniquement à ceux qui acceptent de grimper un peu pour atteindre la rue Refah Şehitleri. C’est ici, loin des échoppes de glaces industrielles, que l’on comprend pourquoi l’élite ottomane et les grandes familles grecques ont choisi ce rocher pour y bâtir leurs résidences d’été.

La remontée de cette artère est un voyage sensoriel. Je me souviens d’un mardi matin, vers 10h, où le silence était tel que l’on pouvait entendre le craquement du bois centenaire des Konaks travaillant sous le soleil. Ces demeures en bois du XIXe siècle, avec leurs dentelles de balcons et leurs oriels (jumbas), sont des chefs-d’œuvre de fragilité. Certes, certaines façades mériteraient une rénovation urgente — la mérule et l’abandon menacent ce patrimoine — mais ce côté “beauté fanée” est précisément ce qui donne à l’île son caractère unique, bien plus authentique que les quartiers polis du Bosphore décrits dans ce guide sur Bebek et Rumeli Hisarı : Guide de la Marche sur le Bosphore (2026). Si vous appréciez ce style, vous aimerez aussi l’ immersion dans le chic stambouliote à Nişantaşı entre mode et Art nouveau.

L’arrêt obligatoire se situe au numéro 88 : la maison d’Ismet İnönü. Ancien président et bras droit d’Atatürk, il venait ici soigner sa santé. Le mobilier d’origine, offert par Atatürk lui-même, est resté figé dans le temps. L’entrée coûte environ 100 TL (soit 2 EUR), un tarif dérisoire pour la claque historique que l’on reçoit. En ressortant, prenez le temps d’observer le contraste visuel : le blanc éclatant des façades restaurées se découpe violemment sur le bleu profond de la Marmara, omniprésent au bout de chaque ruelle perpendiculaire.

Ancienne demeure historique entourée de pins sur la côte escarpée de Heybeliada.

Prendre de la hauteur : L’école de théologie de Halki

L’ascension vers l’Ümit Tepesi (la « colline de l’Espoir ») est une épreuve physique nécessaire pour quiconque souhaite saisir l’âme silencieuse de Heybeliada, loin du tumulte des terrasses du port. Oubliez les navettes électriques pour cette étape ; c’est en marchant que l’on s’imprègne de l’odeur des pins maritimes et que l’on comprend pourquoi ce lieu a été choisi pour la contemplation.

L’ascension d’Ümit Tepesi : un effort récompensé

Comptez environ 20 minutes de marche soutenue depuis le centre du village. La pente est raide, mais le bitume laisse vite place à un sentier bordé de jardins luxuriants et de villas qui semblent figées dans le temps. Lors de ma dernière montée en plein mois de juillet, j’ai commis l’erreur de ne pas prendre d’eau au port : une petite bouteille y coûte environ 15 TL (0,30 EUR), mais une fois engagé sur le chemin, vous ne trouverez aucun vendeur avant le sommet.

L’effort en vaut la peine. À mesure que l’on s’élève, le bruit des moteurs et des conversations s’estompe pour laisser place au sifflement du vent dans les aiguilles de pin. C’est le visage le plus authentique d’une escapade nature.

Le Monastère de la Sainte-Trinité : entre silence et histoire

Arrivé au sommet, le Monastère de la Sainte-Trinité, qui abrite l’école de théologie de Halki, impose un calme immédiat. Fondé au IXe siècle et reconstruit au XIXe, ce site est le cœur battant de la mémoire grecque orthodoxe de l’archipel. Le silence y est presque palpable, interrompu seulement par le cri lointain des mouettes.

L’accès à l’intérieur des bâtiments et de la bibliothèque est souvent restreint, ce qui peut frustrer après une telle montée. Ne restez pas bloqué sur cette porte close. Dirigez-vous vers les jardins et les terrasses extérieures. La vue panoramique sur les Îles des Princes et la mer de Marmara, avec Istanbul se découpant à l’horizon, justifie à elle seule le déplacement.

Pause gourmande : Meze et Rakı face aux vagues

Ne vous arrêtez jamais aux premiers restaurants qui vous font de l’œil dès la sortie du vapur : c’est le piège classique des îles. Pour trouver le vrai visage de la gastronomie d’Heybeliada, marchez environ 200 mètres vers le sud en longeant le quai, là où l’agitation du port s’estompe et où les nappes en tissu remplacent le plastique.

À la Meyhane Mavi, j’ai fait l’erreur l’été dernier de commander trois assiettes de calamars frits à 450 TL l’unité sans demander le prix du jour affiché à l’entrée ; une leçon de 1350 TL qui m’a appris à toujours pointer du doigt le tableau noir des arrivages avant de dire “evet”. S’asseoir dans une Meyhane ici n’est pas un simple déjeuner, c’est une cérémonie. L’automne dernier, j’ai passé trois heures à table chez un petit restaurateur local qui refusait de me servir mon Lüfer (tassergal) tant que je n’avais pas fini mon assiette de Meze.

Le budget est un point crucial. Comptez environ 1500 TL (soit 30 EUR) par personne pour un assortiment généreux de Meze, un poisson grillé et deux verres de Rakı.

Type de platRecommandation de SarpPrix estimé (TL)
Meze FroidsFava (purée de fèves)150 - 250 TL
Poisson de saisonLüfer (Tassergal)600 - 900 TL
BoissonVerre de Rakı250 - 350 TL
DessertHelva chaudOffert ou 150 TL

Le dilemme du transport : Adabüs ou marche à pied ?

Depuis 2020, Heybeliada a radicalement changé de visage : le folklore sonore des calèches a disparu, laissant place au sifflement discret des Adabüs. Si certains regrettent le charme d’autrefois, le silence et la propreté y ont gagné au change. Pour circuler, votre Istanbulkart est obligatoire.

Si vous avez une condition physique correcte, louer un vélo reste ma recommandation prioritaire pour environ 150 TL (3 EUR) l’heure. J’ai personnellement l’habitude de prendre le mien juste après avoir quitté le débarcadère, mais soyez avertis : la partie sud de l’île n’est pas une promenade de santé. La dernière fois que j’y suis monté en plein mois de juillet, j’ai croisé trois groupes de voyageurs à bout de souffle, poussant leur monture sur des pentes à 15 %.

Pour les amateurs de randonnée, le sentier qui fait le tour de l’île est un pur bonheur sensoriel. C’est une boucle d’environ 6 km où l’odeur de la résine de pin chauffée par le soleil se mélange aux embruns. Si cette ambiance sauvage vous attire, vous devriez aussi regarder du côté d’ Anadolu Kavağı : Guide du Ferry et de la Forteresse de Yoros (2026).

Vue panoramique d'une baie d'Heybeliada entre mer turquoise et pinèdes luxuriantes.

Mon classement des expériences incontournables à Heybeliada

Pour ne rien manquer de l’âme de cette île, voici les 5 étapes que je classe comme prioritaires pour une immersion réussie :

  1. Le Monastère de la Sainte-Trinité : Le sommet incontournable pour son silence monacal et son panorama unique sur l’archipel.
  2. La rue Refah Şehitleri : Une promenade architecturale essentielle au milieu des plus belles demeures en bois de l’époque ottomane.
  3. La Maison d’Ismet İnönü : Un arrêt historique majeur dans la résidence privée d’un des pères de la Turquie moderne.
  4. Le Chemin des Amoureux (Aşıklar Yolu) : Le sentier littoral indispensable pour savourer l’odeur des pins loin du tumulte du port.
  5. Le front de mer sud : La zone idéale pour une dégustation de mezes authentiques dans une meyhane traditionnelle.

FAQ sur le transport à Heybeliada

Comment payer les transports électriques (Adabüs) sur l’île ?

Le paiement se fait exclusivement avec l’Istanbulkart. Assurez-vous de la recharger avant de monter dans le ferry, car les bornes de recharge sur l’île sont souvent en panne ou prises d’assaut.

Est-il facile de trouver un vélo à louer dès l’arrivée au port ?

Oui, vous trouverez des dizaines de loueurs dès la sortie du ferry. Le tarif standard tourne autour de 150 TL (3 EUR) l’heure. Vérifiez toujours l’état des freins avant de partir, car les descentes vers les baies sont abruptes.

Peut-on faire le tour de l’île entièrement à pied ?

C’est tout à fait faisable. Comptez environ 1h30 à 2h pour faire la grande boucle forestière sans trop vous presser. L’avantage de la marche est l’accès à des sentiers de terre inaccessibles aux vélos.

Quitter le quai en bois d’Heybeliada, c’est toujours accepter un petit pincement au cœur. Je m’arrange systématiquement pour attraper le ferry de 18h40, juste avant que le dernier rougeoiement ne disparaisse derrière l’horizon. Je m’installe sur les bancs extérieurs du pont supérieur, là où le vent de la mer de Marmara vient rincer les pensées encombrées.

Le signal est précis : quand le navire dépasse la pointe de Burgazada et que la silhouette d’Istanbul commence à scintiller au loin, une sorte de paix s’installe. À ce moment précis, je commande un dernier çay au buffet du bateau pour 30 TL (soit 0,60 EUR). En voyant les minarets de la péninsule historique s’illuminer un à un à l’approche du port, on comprend que Heybeliada est la réserve d’oxygène et de silence indispensable à la vie stambouliote. On ne quitte pas l’île pour terminer sa journée ; on rentre vers la ville avec la force nécessaire pour l’aimer de nouveau.

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