Istanbul ne se regarde pas, elle se ressent à travers l’objectif. Oubliez les clichés de cartes postales lisses ; la lumière de sept heures du matin caresse le béton fatigué de Beyoğlu, sur les traces du grand Ara Güler. Je me souviens d’un mardi pluvieux, vers 8h30, dans les ruelles escarpées de Karaköy. L’odeur du gasoil des ferrys se mélangeait à celle du café frais. J’avais mon vieux boîtier à l’épaule et j’essayais de capturer ce moment précis où un porteur de thé, son plateau oscillant au rythme de ses pas, évitait une flaque d’eau. C’est cette Istanbul-là, celle de la photographie argentique, brute et mélancolique, qui mérite votre attention.
Pour comprendre l’âme visuelle de cette ville, il faut s’imprégner de l’héritage d’Ara Güler. Celui qu’on appelait “l’Œil d’Istanbul” ne cherchait pas la symétrie parfaite, mais le battement de cœur de la rue. Si vous voulez photographier comme un local, votre pèlerinage passe inévitablement par Sirkeci, et plus précisément par le Hayyam Pasajı. Ce n’est pas qu’un simple centre commercial ; c’est le poumon historique de la photographie stambouliote depuis des décennies. À l’intérieur de ce dédale, l’agitation est constante. J’y ai passé des heures à discuter avec des artisans qui connaissent chaque rouage d’un argentique. On y trouve de tout, des boîtiers d’occasion rares aux pellicules de collection. Mercredi dernier à 10h45, j’ai d’ailleurs déniché un bouchon d’objectif Nikon original pour 150 TL au troisième étage du passage. Le vendeur, un homme aux mains tachées d’encre, me l’a tendu après mon troisième verre de thé, sans même discuter le prix. C’est un labyrinthe où chaque étage raconte une époque différente. Le passage est étroit et devient vite étouffant après 11h du matin ; arrivez dès l’ouverture pour savourer le calme relatif et la lumière qui filtre à travers les vitrines poussiéreuses, avant que la foule ne s’empare des couloirs.
L’héritage d’Ara Güler : Capturer l’âme de Beyoğlu
On ne photographie pas Istanbul pour ses couleurs, on la photographie pour ses ombres. Pour comprendre Beyoğlu à travers un objectif, il faut accepter que la ville est habitée par le Hüzün, cette mélancolie collective si chère à Orhan Pamuk, qu’Ara Güler a immortalisée en noir et blanc durant des décennies. Délaissez les filtres saturés et cherchez le contraste brut des ruelles pavées où la lumière du Bosphore vient s’écraser contre les façades décrépies des immeubles du XIXe siècle.
Marcher dans les pas de l’« Œil d’Istanbul »
J’ai croisé le « Maître » une fois, près du lycée de Galatasaray, quelques années avant sa disparition. Il était assis, son inséparable Leica à portée de main, observant la foule de l’Istiklal Caddesi. Il m’avait dit avec ce grognement chaleureux qui le caractérisait : « Un photographe n’est pas un touriste qui collectionne des souvenirs, c’est un historien qui écrit avec la lumière. » Cette leçon ne m’a jamais quitté. Pour ressentir cette force, faites une pause au Ara Kafe, niché dans une petite ruelle transversale. En sirotant un café turc (comptez environ 100 TL, soit 2 EUR au taux actuel), vous pourrez admirer ses tirages originaux qui ornent les murs : des portraits de pêcheurs, de portefaix et de célébrités, tous traités avec la même dignité humaine.

Le sanctuaire de l’argentique : Le Passage Hayyam
Si Beyoğlu est le décor, le matériel se trouve un peu plus bas. Pour les passionnés de photographie argentique, le Hayyam Pasajı à Sirkeci est un passage obligé. C’est le cœur battant de la photographie en Turquie depuis des générations. Ce bâtiment étroit regorge de boutiques de seconde main où l’on trouve des boîtiers vintage et des pellicules que l’on pensait disparues. C’est ici que j’ai fait réviser mon vieux Canon pour environ 1250 TL (25 EUR) l’an dernier. C’est un lieu brut, sans fioritures, qui complète parfaitement votre exploration des passages secrets de Péra. Attention toutefois, les escaliers sont raides et le monde afflue dès 11h ; allez-y à l’ouverture pour discuter tranquillement avec les techniciens qui ont connu l’époque où le numérique n’était qu’une rumeur.
Le conseil de Sarp : Demandez toujours ‘Çekebilir miyim?’ (Puis-je prendre une photo ?) avant de photographier les artisans dans les hans. Un sourire et un merci ouvrent plus de portes que n’importe quel zoom 200mm.
Hayyam Pasajı : Le pèlerinage pour le matériel et l’argentique
Si vous cherchez l’âme de la photographie à Istanbul, oubliez les boutiques clinquantes des centres commerciaux de luxe : tout se passe à Sirkeci, dans les couloirs étroits et l’effervescence du Hayyam Pasajı. Ce bâtiment ingrat de l’extérieur est, depuis des décennies, le centre névralgique pour tous les passionnés de photographie argentique et les professionnels en quête de matériel de pointe. Entrer ici, c’est marcher dans les pas d’Ara Güler, « l’Œil d’Istanbul », qui a immortalisé la mélancolie de la ville en noir et blanc. On y vient pour l’histoire, mais surtout pour l’expertise technique qu’on ne trouve plus ailleurs.
L’ambiance est unique : un mélange d’odeur de vieux cuir, de métal et de discussions passionnées autour d’un thé. Au deuxième étage, les vitrines regorgent de trésors d’occasion. J’y ai récemment déniché un objectif Zenit soviétique pour une fraction du prix européen, après avoir discuté vingt minutes avec un vendeur qui connaissait chaque rayure de la lentille. C’est le lieu idéal pour trouver un vieil objectif Canon ou Nikon adaptables sur vos boîtiers modernes. Les prix y sont honnêtes, mais la règle d’or reste de vérifier l’absence de champignons (fungus) à l’intérieur des verres.

Pour les amateurs d’argentique, c’est le seul endroit de la ville où le stock de pellicules est constant. En 2026, l’inflation a touché tous les secteurs, mais le passage reste compétitif. Pour une pellicule Kodak Gold 200, comptez environ 650 TL (soit 13 EUR). C’est un investissement indispensable pour capturer la lumière dorée du Bosphore avec ce grain si particulier. Avant de vous lancer dans vos achats de matériel, n’oubliez pas de bien préparer votre budget pour éviter les frais bancaires inutiles lors de vos transactions en espèces, souvent préférées par les petits boutiquiers.
Le conseil de Sarp : Au Hayyam Pasajı, allez directement au 3ème étage pour les réparateurs de reflex argentiques. Ils parlent peu anglais, mais leurs mains font des miracles pour quelques centaines de livres.
Comment réussir votre visite au Hayyam Pasajı
- Prenez le tramway T1 et descendez à l’arrêt Sirkeci, puis marchez deux minutes vers la rue Muradiye.
- Entrez dans le passage sans vous arrêter aux premières boutiques du rez-de-chaussée, souvent plus chères et destinées aux achats rapides.
- Explorez les étages supérieurs (2ème et 3ème) où se cachent les véritables spécialistes de l’occasion et de la réparation.
- Demandez systématiquement à tester l’objectif sur votre propre boîtier avant d’entamer la moindre négociation.
- Payez de préférence en espèces (Livres Turques) pour obtenir une petite remise supplémentaire, souvent autour de 5 à 10 %.
Photographie de rue à Cihangir et Çukurcuma
Si vous voulez capturer l’âme d’Istanbul sans les filtres habituels, c’est entre les pentes de Cihangir et les ruelles de Çukurcuma que tout se joue. Faire de la photographie de rue ici, c’est marcher dans les pas d’Ara Güler. Güler ne cherchait pas la perfection technique, mais l’émotion humaine. Il a immortalisé ces quartiers quand ils étaient encore délabrés et mélancoliques ; aujourd’hui, le contraste est saisissant entre les façades néo-classiques restaurées et les ateliers d’antiquaires encombrés d’objets poussiéreux.
L’esthétique de l’escalier et le cadre du Bosphore
Cihangir est un labyrinthe vertical. Pour réussir vos clichés, je vous conseille de suivre ce parcours à pied dans Cihangir pour découvrir les escaliers et les vues sur le Bosphore. Les escaliers colorés, comme ceux de l’avenue Enli ou les marches de l’arc-en-ciel près de Salıpazarı, offrent des lignes de fuite incroyables.
Un petit conseil d’expert : ne vous contentez pas de photographier les marches. Placez-vous en haut et attendez qu’un habitant portant ses courses ou un chat de quartier traverse votre champ. C’est ce détail vivant qui transforme une simple photo de rue en un récit. Le seul bémol est l’effort physique ; les montées sont rudes. Pour éviter de finir en nage sur vos selfies, faites ce parcours le matin ou en fin d’après-midi, jamais sous le soleil de plomb de 14h.

La photographie argentique et le trésor du passage Hayyam
Pour les passionnés de photographie argentique, Istanbul possède une Mecque : le passage Hayyam (Hayyam Pasajı), situé près de Sirkeci mais indissociable de l’équipement des photographes de Cihangir. C’est un bâtiment historique sur plusieurs étages où l’on trouve tout, des Leica vintage aux pellicules rares. L’ambiance y est électrique.
J’y ai déniché mon premier Canon AE-1 il y a des années pour environ 7 500 TL (soit 150 EUR au taux actuel). L’astuce pour ne pas se faire avoir : testez toujours l’obturateur et vérifiez l’absence de champignons dans l’optique devant le vendeur. Les commerçants y sont des puits de science, souvent capables de réparer des boîtiers que l’on pensait condamnés. C’est l’endroit idéal pour acheter une pellicule locale avant de remonter vers Çukurcuma.
L’heure dorée de Faik Paşa
Le moment le plus magique reste l’« Heure dorée ». Arrivez vers 16h dans la rue Faik Paşa à Çukurcuma. À cette heure précise, la lumière du soleil frappe latéralement les vitrines des brocanteurs. Les reflets sur les vieux miroirs dorés et les meubles en bois sombre créent une atmosphère cinématographique unique. Les prix des antiquités ici peuvent être prohibitifs, mais photographier ces étals est gratuit et bien plus gratifiant. C’est là que vous comprendrez pourquoi ce quartier est le cœur battant du design et de l’image à Istanbul.
La silhouette impériale : Sultanahmet au lever du soleil
Si vous voulez capturer l’âme de Sultanahmet sans un millier de perches à selfie dans votre cadre, il n’y a qu’une seule règle d’or : être sur la place à 6h30 précises. À cette heure-là, l’air est encore frais, l’appel à la prière résonne avec une clarté presque mystique. Le silence de la place à 6h15 est frappant. On n’entend que le frottement rythmé du balai en osier d’un balayeur municipal près de la fontaine allemande, juste avant que le premier tramway de 6h30 ne déchire le calme matinal. J’ai fait l’erreur une fois d’arriver à 8h00 ; le charme était déjà rompu par le bruit des moteurs et l’agitation des guides.
Cadrer l’histoire et prendre de la hauteur
Pour une composition iconique, ne vous contentez pas d’un plan large. Placez-vous sous les arches de la cour intérieure de la Mosquée Bleue pour cadrer Sainte-Sophie. Le contraste entre l’ombre des arcades et la pierre rosée de la basilique qui s’illumine au premier soleil est saisissant. Si vous cherchez cet angle vertigineux sur les dômes que l’on voit partout sur Instagram, dirigez-vous vers les anciens caravansérails, les Hans.
Le Büyük Valide Han reste une référence, mais attention : l’accès est devenu très réglementé et commercial. On vous demandera souvent environ 250 TL (5 EUR) pour accéder aux toits. C’est le prix à payer pour la vue, mais assurez-vous d’avoir de la monnaie liquide sur vous, car les gardiens ne connaissent pas le paiement sans contact. Si le passage est fermé, ne forcez pas ; rabattez-vous sur la terrasse du Seven Hills Hotel, juste à côté, qui offre un panorama similaire pour le prix d’un café.

L’héritage d’Ara Güler et la photo de rue
Istanbul est la ville de la photographie de rue par excellence, une discipline immortalisée par le grand Ara Güler, surnommé « l’Œil d’Istanbul ». Pour marcher dans ses pas, il faut délaisser les monuments figés et se concentrer sur les visages, les dockers d’Eminönü ou les vendeurs de simit. Güler ne cherchait pas la perfection technique, mais l’émotion brute et le noir et blanc contrasté.
Si vous êtes un adepte de la photographie argentique, votre pèlerinage doit absolument passer par le Hayyam Pasajı à Sirkeci, à dix minutes à pied de Sultanahmet. C’est le cœur historique du matériel photographique à Istanbul. Dans ce dédale d’étages, vous trouverez des boutiques de seconde main incroyables. L’autre matin, j’y ai déniché un vieil objectif Leica pour un prix très honnête après une courte négociation. C’est l’endroit idéal pour faire réviser votre boîtier ou acheter des pellicules locales avant de vous perdre dans les ruelles de Balat.
Mes 5 spots incontournables pour une session matinale réussie :
- Les arches de la Mosquée Bleue : Idéal pour un cadrage naturel de Sainte-Sophie à travers l’architecture ottomane.
- Le toit du Büyük Valide Han : Pour les perspectives plongeantes sur les dômes et la Corne d’Or (prévoyez 250 TL / 5 EUR).
- Soğukçeşme Sokağı : Cette petite rue derrière Sainte-Sophie avec ses maisons en bois colorées est parfaite juste après le lever du soleil.
- Le quai d’Eminönü : Pour capturer les silhouettes des pêcheurs dans la brume matinale, façon Ara Güler.
- Le Hayyam Pasajı (4ème étage) : Pour l’ambiance « atelier » et les piles de vieux boîtiers argentiques qui racontent l’histoire technique de la ville.
Le Bosphore en mouvement : Le ferry Kadıköy-Eminönü
Prendre le Vapur entre Kadıköy et Eminönü n’est pas un simple déplacement, c’est l’exercice ultime pour tout photographe souhaitant capturer l’âme d’Istanbul. Si vous restez enfermé à l’intérieur pour éviter le vent, vous ratez l’essentiel : cette lumière rasante qui transforme la Corne d’Or en un tableau vivant.
L’héritage d’Ara Güler et la magie de l’argentique
Istanbul est indissociable d’Ara Güler, « l’Œil d’Istanbul ». Pour marcher dans ses pas, je vous conseille de délaisser un instant le numérique. Le grain de la pellicule saisit la mélancolie (Hüzün) de la ville comme rien d’autre. Si vous avez besoin de pellicules ou d’un vieil objectif, filez au Hayyam Pasajı à Sirkeci. C’est le cœur historique du matériel photo depuis des décennies. J’y ai déniché mon premier reflex d’occasion il y a 15 ans ; l’ambiance y est restée authentique, entre négociations serrées et vapeurs de thé. Comptez environ 750 TL (15 EUR) pour un développement et scan de qualité dans les labos alentours.
Le sillage, les mouettes et le Çay
Pour réussir le cliché iconique des mouettes suivant le navire, ne vous contentez pas d’attendre. Achetez un Simit sur le quai et lancez-en des morceaux dans le sillage (le vortex blanc créé par les hélices). C’est là que le mouvement devient magique. Mon astuce de local : commandez un Çay dès que vous montez à bord. Posez le verre tulipe sur le rebord en bois du pont, avec la Tour de Léandre (Kız Kulesi) floue en arrière-plan. C’est un cliché classique qui raconte votre voyage en une seule image. Attention toutefois au vent qui peut faire basculer votre verre ; tenez-le entre deux prises.
Le moment parfait : 18h15 en automne
La plus grosse erreur des voyageurs est de prendre le ferry en plein après-midi sous une lumière écrasante. Le trajet de 18h15 en automne est celui que je préfère. La skyline de la péninsule historique, avec Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, s’embrase littéralement. Pour éviter la foule qui se presse à l’arrière, installez-vous sur les côtés tribord (à droite) en partant de Kadıköy. Une fois arrivé à quai, la faim se fera sentir. C’est le moment idéal pour aller savourer un Kokoreç et des Midye Dolma de qualité dans les quartiers de Beşiktaş et Kadıköy, car la photographie, ça creuse, et rien ne vaut la street food locale pour conclure une session sur le Bosphore.
L’instant décisif : La photo que l’on ne prend pas
Au-delà des panoramas classiques, la véritable quête commence souvent dans la pénombre du Hayyam Pasajı, à Sirkeci. C’est ici, dans ce dédale d’échoppes serrées et d’escaliers étroits, que bat le cœur de la photographie argentique stambouliote depuis des décennies. J’y passe régulièrement pour faire réviser mes objectifs chez des artisans qui traitent les boîtiers comme de l’horlogerie fine. Si vous cherchez une pépite d’occasion, prévoyez environ 4 500 TL (90 EUR) pour un boîtier argentique robuste qui vous forcera à ralentir. C’est d’ailleurs ce que prônait Ara Güler. Pour lui, la photographie était une archive visuelle de l’humanité, pas une simple esthétique. En marchant sur ses traces, on comprend que photographier cette ville, c’est avant tout documenter ses visages et sa mélancolie, le hüzün.
Mais attention : on ne « vole » pas un portrait à Istanbul. Le respect des locaux est la pierre angulaire d’un photographe éthique. Un marchand de marrons chauds ou un pêcheur sur le pont de Galata n’est pas un décor de studio. Un regard, un « Merhaba » (bonjour) et un sourire sont les meilleurs réglages que vous puissiez faire. Souvent, la conversation qui suit la photo est bien plus riche que le fichier RAW sur votre carte mémoire.
L’autre soir, je me trouvais à la terrasse du petit çay bahçesi juste à côté de l’embarcadère de Karaköy. Il était 18h15, la lumière « dorée » frappait les minarets de la Mosquée Bleue avec une précision chirurgicale et une mouette s’est posée pile dans l’axe de mon champ de vision. C’était le cliché parfait, celui que tout le monde attend. J’ai porté la main à mon sac, puis je me suis ravisé. J’ai préféré prendre mon verre de thé brûlant, sentir la chaleur contre mes doigts et regarder le ferry de 18h20 s’éloigner vers Kadıköy dans un nuage de fumée noire. Cette photo, je ne l’ai pas prise. Et pourtant, c’est celle dont je me souviens le mieux. Car la plus belle image d’Istanbul restera toujours celle que vous vivez pleinement, sans l’intermédiaire d’un viseur, simplement en acceptant d’être un fragment de cet instant éphémère.