Oubliez la cohue d’Eminönü et le bruit incessant des moteurs de ferries. Pour vraiment saisir l’immensité d’Istanbul, il faut prendre de la hauteur là où le soleil se lève : sur la rive asiatique, entre les pins parasols de Çamlıca et les allées escarpées de Fethi Paşa. Mardi dernier, en sortant de la station de métro Kısıklı vers 15h, j’ai simplement suivi l’odeur du thé frais et le vent qui redescend vers la mer. Le contraste est immédiat : ici, on ne court pas après son bus, on respire.
Certes, le sommet de la colline de Çamlıca a perdu un peu de son innocence d’autrefois avec l’apparition de sa tour radio géante et d’une mosquée aux proportions colossales.

Je me suis arrêté au petit kiosque en bois près de la terrasse panoramique. Pour 25 TL — soit à peine 0,50 EUR avec le taux actuel de 50 TL pour 1 EUR — j’ai récupéré un çay brûlant sans avoir à faire la queue plus de deux minutes. En regardant le ruban bleu du Bosphore se froisser sous les cargos au loin, on réalise que la rive européenne n’est qu’un décor de théâtre, tandis qu’ici, sur la rive asiatique, on occupe les meilleures loges. C’est le point de départ idéal pour une marche qui plonge littéralement dans l’histoire et la verdure.
L’assaut de la colline : Comment arriver à Büyük Çamlıca sans s’épuiser
Oubliez tout de suite l’idée de héler un taxi à Sultanahmet ou Taksim pour rejoindre la colline de Çamlıca : c’est le meilleur moyen de perdre 600 TL (environ 12 EUR) et deux heures de votre vie, coincé dans les bouchons interminables du pont. La rive asiatique se mérite, mais elle demande de l’astuce, pas un gros budget transport.
Éviter le piège du trafic
La première fois que j’ai emmené un ami là-bas, il a insisté pour prendre un Uber depuis Eminönü. Résultat ? On a regardé le compteur tourner pendant que les mouettes volaient plus vite que nous au-dessus du Bosphore. Pour ne pas reproduire cette erreur, visez Üsküdar. C’est votre plaque tournante.
La méthode Sarp : le combo M5 et marche douce
Mon secret pour arriver frais et dispos est d’utiliser le Métro M5. C’est la ligne automatique ultra-moderne qui part d’Üsküdar. Descendez à l’arrêt Kısıklı. En sortant, ne paniquez pas face à la pente : la montée est constante mais tout à fait gérable en 15 minutes à pied si vous portez de bonnes chaussures. Le premier choc visuel survient à mi-chemin, quand la silhouette massive de la Mosquée de Çamlıca surgit entre les immeubles.

Comment atteindre le sommet sans stress
- Prenez le ferry (Vapur) ou le Marmaray jusqu’à la station Üsküdar.
- Suivez les panneaux vers la ligne de Métro M5 (direction Çekmeköy).
- Descendez à la station Kısıklı (c’est seulement le deuxième arrêt).
- Sortez par la sortie principale et tournez à gauche sur l’avenue touristique.
- Grimpez la pente douce en suivant les panneaux “Büyük Çamlıca” pendant environ 800 mètres.
Büyük Çamlıca vs Küçük Çamlıca : Le duel des panoramas
Si vous cherchez la démesure, Büyük Çamlıca gagne le match par K.O. La vue y est franchement indécente : on embrasse d’un seul regard le Bosphore, la mer de Marmara et, au loin, les silhouettes élancées des mosquées de Sultanahmet.
C’est spectaculaire, certes, mais c’est aussi un véritable cirque le week-end. Samedi dernier, j’ai compté pas moins de huit mariées se disputant le même angle de vue pour leurs photos de mariage près de l’esplanade. Si vous n’aimez pas les perches à selfie, ne vous éternisez pas. Prenez vos photos, respirez un grand coup, et entamez la marche de 20 minutes vers Küçük Çamlıca.

Küçük Çamlıca : Le refuge des initiés
Le contraste est immédiat. En quittant la foule pour rejoindre la “Petite” colline, l’air semble devenir plus frais. Le sentier est boisé, beaucoup plus intime. C’est l’endroit idéal pour une pause stratégique. Dans les établissements gérés par la municipalité (Sosyal Tesisleri), la qualité est au rendez-vous pour un prix imbattable. Un Çay brûlant vous coûtera environ 40 TL (soit 0,80 EUR). C’est le petit luxe accessible que tout Stambouliote chérit : s’asseoir face au vent, un verre à la main, après avoir admiré les yalis lors d’une croisière sur le Bosphore la veille.
| Critère | Büyük Çamlıca (La Grande) | Küçük Çamlıca (La Petite) |
|---|---|---|
| Profil de vue | 360° sur toute la ville et les îles | Vue cadrée sur le Bosphore et la verdure |
| Niveau de bruit | Élevé (musique, drones, selfies) | Paisible, idéal pour la lecture |
| Prix du thé (Çay) | 40 TL (0,80 EUR) | 40 TL (0,80 EUR) |
Sarp’s Insider Tip: Évitez le restaurant principal de Büyük Çamlıca le dimanche midi : l’attente pour une table peut dépasser 45 minutes. Préférez un Simit acheté en route.
La descente secrète vers les ruelles d’Üsküdar
Quitter le sommet de Çamlıca par les ruelles escarpées est la seule option viable pour échapper au flux incessant des bus touristiques. C’est ici, dans les replis du quartier de Kısıklı, que l’Istanbul intime se révèle enfin.
En descendant, ne suivez pas Google Maps aveuglément. Fiez-vous plutôt à votre sens de l’orientation : gardez toujours en ligne de mire le pont des Martyrs du 15 Juillet. Lors de mon dernier passage, je me suis arrêté devant un muret de pierre d’où s’échappait une odeur de menthe fraîche. Un habitant m’a montré un raccourci via un escalier dérobé. L’été dernier, j’avais fait l’erreur de rater ce virage après la mosquée et j’avais fini par descendre 242 marches en plein soleil avant de réaliser que le parc commençait plus haut sur la colline voisine.
Entre jardins ouvriers et ballons de foot
C’est le charme brut de cette zone : on passe de vergers improvisés à des impasses où les enfants du quartier s’époumonent sur un terrain de foot de fortune. Si cette atmosphère résidentielle vous séduit, je vous conseille d’ailleurs de marcher de Kandilli à Beylerbeyi pour admirer les célèbres Yali au bord de l’eau.
La pente est raide. Pour éviter un détour fatigant, visez systématiquement le pylône européen du premier pont. Si vous avez soif, arrêtez-vous dans un petit Bakkal (épicerie de quartier). Une bouteille d’eau vous coûtera environ 15 TL, soit à peine 0,30 EUR.
Fethi Paşa Korusu : L’oasis suspendue sur le Bosphore
La descente vers Fethi Paşa Korusu est la récompense absolue. Entrer par le haut du parc (rue Nacak) est le secret le mieux gardé des locaux : vous évitez de grimper les centaines de marches épuisantes depuis le quai, transformant une épreuve physique en une promenade bucolique à l’ombre des pins.
Le rituel du matin au Beltur
Une fois arrivé au cœur de cette forêt urbaine, dirigez-vous vers le Beltur, le café municipal. J’y ai mes habitudes : arrivez vers 11h du matin. C’est précisément à ce moment que les plateaux de Börek frais sortent du four. Pour environ 120 TL (soit 2,40 EUR), vous obtenez une portion généreuse. L’ambiance y est bien plus détendue que l’agitation que l’on trouve lors d’un itinéraire à Galata et Karaköy.
Mes incontournables à Fethi Paşa Korusu
- L’entrée par la rue Nacak : Pour une descente douce.
- Le pavillon historique (Köşk) : Un magnifique exemple d’architecture ottomane restaurée.
- Le belvédère du Pont des Martyrs : Offre un angle unique pour voir le premier pont du Bosphore de profil.
- Le sentier des écureuils : Les chemins de terre latéraux pour une immersion totale.
Fin de parcours à Paşalimanı et retour en douceur
La descente du parc débouche directement sur le quai de Paşalimanı, où le vacarme d’Istanbul s’apaise pour laisser place au clapotis du Bosphore. La semaine dernière encore, j’y ai passé vingt minutes à regarder les courants marins se croiser, assis sur une bitte d’amarrage en fer froid, observant les méduses portées par le courant vers la mer de Marmara.

La magie du Vapur au coucher du soleil
Pour rentrer, dirigez-vous vers le terminal des ferries pour prendre le Vapur en direction de Beşiktaş ou Eminönü. Si vous coordonnez votre arrivée avec le coucher du soleil, vous verrez la silhouette de la péninsule historique se découper en ombre chinoise.
Détente royale dans le centre d’Üsküdar
Si vos jambes pèsent lourd après ces dénivelés, le centre d’Üsküdar abrite des joyaux de l’architecture ottomane qui ne sont pas là que pour la décoration : ses bains turcs. C’est le moment idéal pour une session de gommage. Pour éviter les établissements mal entretenus, consultez ces conseils pratiques pour découvrir les hamams historiques d’Istanbul. Rien ne vaut la sensation de ressortir sur le quai, la peau neuve, juste à temps pour attraper la dernière traversée.
Sarp’s Insider Tip: Gardez votre Istanbulkart chargée ! Le trajet en métro coûte environ 20 TL (0,40 EUR) et le ferry pour le retour environ 25-30 TL.
Le souffle du large
Quitter les hauteurs de Çamlıca pour rejoindre les rives du Bosphore à pied, c’est s’offrir une décompression nécessaire. On passe du panorama grandiose, presque écrasant, à l’intimité des jardins en pente. Pour moi, le moment de bascule se situe toujours au dernier virage de Fethi Paşa Korusu, là où l’odeur des pins se mélange enfin aux embruns salés.
Je me souviens d’un mardi après-midi de printemps, j’étais assis sur l’un des bancs en bois un peu patinés près de la sortie basse du parc. J’ai passé quarante minutes à regarder les ferries zigzaguer sans même sortir mon téléphone. C’est cette lenteur-là qu’il faut chercher.
Si vous avez une petite faim en arrivant en bas, évitez les cafés avec trop de néons et prenez un simple Simit croustillant chez un vendeur de rue pour 20 TL (soit 0,40 EUR). Installez-vous face à l’eau, laissez le vent vous rafraîchir le visage et observez la rive européenne qui s’illumine. C’est dans ces silences, entre deux quartiers, que l’on comprend enfin l’âme de cette ville.