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Marcher de Moda à Kalamış pour découvrir les marinas et le phare de Fenerbahçe

Évadez-vous de Moda à Kalamış ! Découvrez le charme des marinas et du phare de Fenerbahçe lors dune balade inoubliable. Cliquez pour voir litinéraire.

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Il est 17h30, le soleil commence à descendre sur la mer de Marmara et je sens enfin ce courant d’air frais, l’Imbat, que nous guettons tous lors des étés moites. Je suis assis sur un banc de pierre un peu brut, juste en dessous de la silhouette blanche du phare de Fenerbahçe. Devant moi, le cliquetis métallique des drisses contre les mâts dans la marina de Kalamış compose une mélodie que vous n’entendrez jamais à Sultanahmet. Pour mon çay, j’ai tendu une pièce de 25 TL (soit 0,50 EUR) au petit guichet du parc municipal ; un prix dérisoire pour la meilleure vue du quartier, loin des pièges à touristes où l’on vous vendrait le même verre cinq fois plus cher sous prétexte de “standing”.

Oubliez les couloirs bondés d’Istiklal ou les files d’attente interminables devant les monuments de la rive européenne. Je vous emmène là où Istanbul respire vraiment, sur une rive asiatique qui troque le tumulte contre l’odeur du pin maritime et de l’iode. Bien sûr, Moda a son charme, mais ne vous y trompez pas : le week-end, le quartier est saturé, presque étouffant à cause de son propre succès. Mon secret de local pour retrouver l’espace et la ligne d’horizon, c’est cette bascule vers le sud. C’est une balade que je parcours depuis quinze ans, un itinéraire de connaisseur qui relie l’effervescence créative de Kadıköy à l’élégance nautique de Fenerbahçe, là où la ville finit par se jeter avec grâce dans le bleu.

Le départ de Moda : s’extraire de l’effervescence de Kadiköy

Quitter le tumulte du marché central pour rejoindre les rives de Moda est le seul moyen de comprendre pourquoi nous, Stambouliotes, chérissons autant la rive asiatique. Si le centre de Kadiköy est un chaos organisé de terrasses et de boutiques, Moda est son poumon, un quartier où l’on prend enfin le temps de respirer face à la mer de Marmara. Avant de vous lancer, je vous conseille de consulter ce Kadiköy et Moda : Guide de la Rive Asiatique (Édition 2026) pour bien situer l’ambiance unique de ces ruelles.

L’âme du vieux pier et les pêcheurs de l’aube

Tout commence au Moda Iskelesi. Ce bâtiment historique, chef-d’œuvre d’architecture ottomane tardive, est le point de ralliement des habitués. Vers 9h00 du matin, l’air est encore frais et le silence n’est rompu que par le clapotis de l’eau et les cannes à pêche des locaux qui s’alignent sur le quai.

Mon conseil d’expert : Ne vous contentez pas de regarder l’édifice de loin. Montez à l’étage pour un thé rapide. C’est ici que je viens quand j’ai besoin de réfléchir, loin du bruit des moteurs de bus. La vue sur la péninsule historique, de l’autre côté, est tout simplement imprenable.

Une boule de Kaymak, peu importe la saison

En remontant vers le parc, on passe devant l’institution : le glacier Ali Usta. On me demande souvent si c’est “trop touristique”. La vérité ? Les files d’attente peuvent être décourageantes le week-end, mais la qualité reste là. J’ai un rituel immuable, même en plein mois de janvier sous la neige : une boule de Kaymak (crème de lait de bufflonne). Elle coûte environ 50 TL (soit 1 EUR) et c’est le carburant idéal pour la marche à venir. Si la file dépasse les dix personnes, passez votre chemin et revenez en semaine, le plaisir n’en sera que plus grand.

Traverser Yoğurtçu Parkı : entre sport et nostalgie

La balade continue vers le Yoğurtçu Parkı, véritable trait d’union entre Moda et le stade de Fenerbahçe. C’est ici que l’on voit le vrai visage de la vie de quartier. Vous y croiserez les clubs de sport locaux qui s’entraînent sur les pistes de course et les retraités qui discutent sur les bancs à l’ombre des platanes centenaires.

Je me suis arrêté à 8h45 précises chez Meşhur Moda Börekçisi, juste avant d’entrer dans le parc. Il y avait déjà 12 personnes devant moi sur le trottoir étroit, mais l’attente en valait la peine pour une portion de su böreği au fromage à 45 TL, servie encore brûlante dans son papier sulfurisé.

Le parc longe la Kurbağalıdere. Soyons honnêtes : selon la direction du vent et la saison, l’odeur du canal peut parfois être un peu forte, vestige des problèmes d’assainissement passés de la ville. Ne vous laissez pas décourager pour autant. Restez du côté des pelouses intérieures du parc pour profiter de la verdure avant de bifurquer vers les marinas plus sophistiquées.

Vue aérienne de la côte de Kadıköy montrant les quais et la mer de Marmara.

Longer la marina de Kalamış : entre luxe et douceur de vivre

C’est ici que l’on comprend pourquoi le quartier de Kadıköy refuse de se laisser résumer à son centre bouillonnant : Kalamış est une bulle d’air où l’on vient respirer l’argent et le sel marin. Pour atteindre l’entrée de la marina depuis Moda, comptez environ 40 minutes de marche tranquille. Le sentier est plat, mais ne vous faites pas avoir par le soleil de l’après-midi ; ici, le vent de la Marmara est traître et peut vous donner un coup de froid alors que vous admirez les reflets sur l’eau. Contrairement à l’atmosphère feutrée que vous trouverez dans le guide Péra et ses Passages : Guide du Vieux Beyoğlu (2026), ici tout est ouvert, vaste et tourné vers le large.

Des bateaux de la garde côtière sont amarrés à la marina de Kalamış.

Ce qui me frappe à chaque fois, c’est ce télescopage social typiquement stambouliote. Sur les pontons, vous avez des yachts rutilants valant des millions d’euros, avec leurs propriétaires en lin blanc qui sirotent du vin, et juste à côté, des petits canots de pêche en bois (les fameux takas) dont la peinture s’écaille. Les pêcheurs locaux, imperturbables, continuent de démêler leurs filets sous le nez de la jet-set. Si le côté “m’as-tu-vu” de certains établissements peut agacer, le calme qui règne ici en semaine est un luxe bien plus précieux que les bateaux eux-mêmes.

Repères pratiques pour votre traversée

Point de passageDistance depuis ModaCe qu’il ne faut pas raterMon conseil d’expert
Pont Kurbağalıdere~1,8 kmLa vue dégagée sur le stadeSortez l’appareil photo, c’est le meilleur angle.
Zone des Pêcheurs~2,5 kmLe contraste bois vs fibre de verreUn bon endroit pour voir le “vrai” Istanbul.
Entrée Setur Marina~3,2 kmL’alignement des mâts au coucher du soleilL’accès est contrôlé mais ouvert aux piétons.
Cafés de la Marina~3,5 kmLe prix d’un café (env. 110 TL / 2,20 €)Évitez les restos “bling-bling”, préférez un thé simple.

L’île de Fenerbahçe : un jardin suspendu sur la Marmara

C’est ici, sur ce bout de terre s’avançant dans la Mer de Marmara, que l’on comprend pourquoi les Stambouliotes chérissent tant la rive asiatique : pour ce luxe rare de pouvoir encore s’asseoir face au bleu sans débourser une fortune. Pour y accéder, vous traversez un petit pont routier qui enjambe la marina. Ne vous laissez pas intimider par le flot de voitures le week-end ; une fois passé les barrières du Fenerbahçe Parkı, l’atmosphère change radicalement.

L’art de vivre au bord de l’eau

Le parc n’est pas qu’un espace vert, c’est une institution sociale. Je me souviens d’un dimanche matin, vers 10h, où j’avais oublié mon propre thermos. J’ai observé une famille s’installer sur une table en bois avec une nappe à carreaux, sortant des olives, du fromage et des œufs durs alors que le vent de la mer commençait à se lever. C’est l’essence même de l’Aile Çay Bahçesi (jardin de thé familial). Ici, le snobisme de Moda n’a pas sa place. Alors qu’un verre de çay peut grimper à 60 TL dans les cafés de design du centre, ici, il vous en coûtera environ 25 TL (0,50 EUR). C’est le prix de l’authenticité.

Vue aérienne montrant les centaines de bateaux de la marina de Kalamış.

Une vue imprenable sur les archipels

Depuis la pointe du parc, la vue s’ouvre sur l’horizon. Par temps clair, on distingue parfaitement les silhouettes de la Traversée pour Büyükada et marche vers les hauteurs d, un panorama qui rappelle que la mer est le véritable poumon de la ville. Si le vent souffle trop fort, réfugiez-vous vers le centre du parc où les arbres centenaires offrent une protection naturelle.

Voici mes 5 incontournables pour profiter du parc comme un local :

  1. Trouver une table côté sud : C’est l’endroit idéal pour voir passer les ferries qui reviennent des îles.
  2. Observer les chats du parc : Ils sont ici chez eux, souvent nourris par les employés des jardins de thé.
  3. Marcher jusqu’au vieux phare : Un repère historique discret qui marque l’entrée du port de Kalamış.
  4. Commander un Simit frais : Achetez-en un aux vendeurs ambulants à l’entrée du pont.
  5. Éviter les pelouses centrales après 14h : Le monde afflue et le calme disparaît.

Le phare de Fenerbahçe et l’horizon des îles

Le Fenerbahçe Feneri n’est pas un simple monument historique ; c’est le repère visuel qui définit l’identité même de cette rive et qui a, littéralement, donné son nom au quartier (le “jardin du phare”). Quand j’étais gamin, mon grand-père m’emmenait déjà ici pour regarder les navires entrer dans le Bosphore, et l’odeur de l’iode mélangée aux pins n’a pas changé d’un iota.

Érigé sous sa forme actuelle en 1857 par le Sultan Abdülmecid, ce phare blanc étincelant est l’un des plus anciens encore en activité en Turquie. Il ne se visite pas de l’intérieur, mais sa silhouette élégante entourée de jardins est le point d’ancrage de toute la pointe. C’est ici que l’on comprend pourquoi les Stambouliotes chérissent tant ce coin : on est en ville, mais le regard ne rencontre que l’infini bleu.

Un skateur en silhouette profite du coucher de soleil à Kalamış.

Sarp’s Insider Tip: Le spot ultime pour les photographes se trouve juste derrière le phare, au pied des rochers. C’est là que le soleil se couche exactement entre les îles et la pointe de la péninsule historique.

Comment organiser votre excursion (Logistique)

Ne vous compliquez pas la vie : le secret d’une balade réussie entre Moda et Kalamış tient dans le choix du transport et surtout du timing. J’ai déjà commis l’erreur de porter des mocassins neufs pour impressionner lors d’un rendez-vous à la marina de Kalamış ; après deux kilomètres sur les pavés disjoints et les trottoirs étroits de Kadıköy, mes pieds me suppliaient de m’arrêter. Ne faites pas comme moi, privilégiez le confort à l’esthétique.

Accès et Transports

Le plus simple reste de prendre le Vapur (ferry) depuis la rive européenne (Eminönü ou Karaköy) jusqu’à l’embarcadère de Kadıköy. C’est le trajet le plus iconique d’Istanbul. Une fois sur place, évitez de marcher immédiatement si vous voulez garder de l’énergie pour la marina : sautez dans un bus jaune de l’IETT, lignes FB1 ou FB2.

Mardi dernier, j’ai attendu le bus FB1 à l’arrêt Kadıköy Rıhtım pendant 14 minutes sous un soleil de plomb parce que j’avais raté le départ de 14h10 à une minute près. Une erreur de débutant qui m’a coûté une sueur froide avant même d’avoir atteint les quais ; vérifiez toujours l’application Mobiett en temps réel avant de quitter le ferry.

Le moment idéal

Si vous aimez l’effervescence et le rituel sacré du Kahvaltı, venez le dimanche matin vers 10h00. Par contre, si vous cherchez le calme absolu pour photographier le phare, visez le mardi après-midi. À cette heure-là, le quartier appartient aux retraités élégants et aux chats de Moda. C’est une ambiance radicalement différente de celle que vous trouverez si vous décidez de grimper vers le nord d’Istanbul.

Étapes clés du trajet

  1. Embarquez sur le Vapur à destination de Kadıköy (durée : 20 minutes).
  2. Rechargez votre Istanbulkart aux bornes jaunes (prévoyez au moins 150 TL pour couvrir les trajets aller-retour).
  3. Repérez l’arrêt de bus des lignes FB1/FB2 juste à la sortie de l’embarcadère.
  4. Descendez à l’arrêt proche de la Kadıköy Belediyesi pour commencer la marche vers la marina.
  5. Suivez le front de mer en direction du sud pour atteindre le phare.

Sensation de fin de journée

Je m’assois souvent sur les rochers juste après la marina de Kalamış, là où le vent tourne un peu plus fort. C’est le moment précis où les mâts des voiliers commencent à chanter — ce petit cliquetis métallique régulier des haubans qui finit par couvrir les klaxons lointains de Kadıköy.

À cet instant, on oublie totalement que la rive européenne, de l’autre côté du Bosphore, s’écharpe dans ses embouteillages chroniques. On réalise que le vrai luxe à Istanbul ne se cache pas dans les suites dorées des grands hôtels de Beşiktaş, mais dans ces trente minutes de silence volées à la ville, un verre de thé à la main payé 25 TL au petit jardin de thé du parc de Fenerbahçe.

Si la brise marine devient trop fraîche, ne faites pas l’erreur de presser le pas ou de rebrousser chemin : remontez simplement le col de votre veste et regardez les premières lumières des îles des Princes pointer à l’horizon. C’est cette plénitude, cette respiration lente entre deux marinas, qui fait de nous des Stambouliotes et non de simples passants. Prenez ce temps, offrez-le vous, car c’est la seule monnaie qui a vraiment de la valeur ici.

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